Conclusion

Les ateliers de la méthode Oratio mix

La méthode Oratio mix permet de multiplier les temps de parole, les formats (lectures à voix haute, débats, récits) et les interlocuteurs (professeur.e.s, camarades, public).

L’élève est également dans la position de celui qui transmet : son avis, son expérience, son ressenti, sa culture personnelle. Il y a une forte dimension dialogique et identitaire de la parole humaine qui est mise en avant.

La méthode permet également d’utiliser différents supports selon les besoins et les envies de chacun : l’oral, l’écrit, le jeu, l’image… On offre ainsi un panel de possibilités assez complet afin de trouver ce qui nous convient le mieux, en plaçant le désir des jeunes, des enfants, au centre de notre préoccupation pour les accompagner en tant qu’adultes.

Elle correspond également aux conseils préconisés par CAP école inclusive pour valoriser les ancrages linguistiques. Le système des 6 cases répond parfaitement à la formulation de fiches-outils transférables.

L’exposition du parcours des élèves lors de la restitution avec l’affichage des différents travaux effectués pendant les différentes phases d’ateliers permet de réaliser un espace d’accueil pour les traces écrites. ici, il peut s’agir également de dessin, de photo, de documents…

Et lors de certaines séquences, sur les pratiques culturelles par exemple, nous invitons les utilisateurs à s’aider d’un planisphère pour placer des repères et ainsi jouer sur les deux dimensions que sont les cartes physiques/géographiques et les cartes mentales. On peut ainsi placer sur une carte du monde des plats qu’on connaît et qu’on apprécie, des danses ou des musiques visionnées ou écoutées en classe, des 25 costumes ou des masques, des fêtes…

Ces dernières années, on relève le succès des écoles et institutions privées qui se revendiquent de la pédagogie Montessori. Ceci affirme l’intérêt que peut porter une part importante de la population à ces pédagogies dites “alternatives”.

Ces scolarités sont cependant très onéreuses et donc réservées à une certaine classe sociale, ce qui, de fait, écarte ces initiatives de la dimension inclusive essentielle à notre société. Tout comme la pédagogie Montessori, la méthode Oratio mix est basée sur l’observation et place l’élève comme une personne en tant que telle, non seulement comme un élève.

En tant que personne, on souligne l’importance de chaque individu en tant que composante de l’avenir de la société. Cette mixité, si importante, est le cheval de bataille de l’actuel Ministre de l’Education en France, M. Pap Ndiaye. Il a présenté un plan d’action en ce sens avec des accords conclu avec les établissements privés sous contrat avec l’Etat. dans une interview donnée au Journal l’Express, il s’exprime sur son projet : “Il est vrai que les phénomènes de ségrégation sociale que l’on observe dans les établissements scolaires sont en grande partie liés à des phénomènes qui échappent à l’école.

Je pense notamment à la question de l’habitat. Différentes expérimentations menées dans plusieurs endroits du territoire ont montré qu’il était possible d’agir. Je pense notamment aux secteurs multicollèges, fonctionnant sous forme de binômes d’établissements, qui affichent un bon bilan à Paris. Ou encore à l’initiative toulousaine qui a consisté à fermer plusieurs collèges défavorisés pour déplacer des élèves et leur permettre d’effectuer leur scolarité en centre-ville.”

Il poursuit en notifiant l’importance des sections ou des initiatives remarquables pour exercer une attractivité dans des zones à “mixifier”. Les pistes qu’il évoque correspondent exactement à ce que prétend mettre en place notre méthode. “Dans certaines zones où la mixité est peu présente, comme en Seine-Saint-Denis, qui compte une trentaine de collèges en très mauvaise situation sur les 130 existants, notre levier le plus puissant est l’implantation de filières attractives. Grâce à la publication des IPS, on sait désormais que l’aménagement d’une section internationale dans un établissement peut faire bondir ce fameux indice de position sociale.

Voilà pourquoi j’ai décidé d’en créer dans les établissements d’éducation prioritaire de plusieurs départements. D’autres pistes sont possibles, comme la création de classes bilangues ou d’équipements sportifs supplémentaires. Les changements de nom d’établissements peuvent aussi parfois être utiles et acter une forme de renaissance symbolique. Ne négligeons pas le fait que les rectorats disposent de marges de manœuvre, notamment sur l’implantation des sections attractives, des options, et modulent les moyens des établissements notamment en fonction de leur profil social.

Les collectivités ont aussi des possibilités en la matière, avec le périscolaire, bien entendu, qu’elles financent. Et puis n’oublions pas non plus les cités éducatives, qui se développent beaucoup, avec des budgets assez importants : elles peuvent aussi investir pour venir en soutien aux élèves et favoriser des initiatives favorisant la mixité sociale et scolaire.”

Rapport d’évaluation du projet
Vous trouverez en annexe de ce document un retour d’expérience des partenaires européens du projet Oratio mix, ainsi que le rapport d’évaluation de notre méthode.

Les mots des partenaires
Sandrine Genin, école maternelle des Fougères, France :
“En maternelle. Ils ont besoin de ritualiser les choses, que ce soit régulier, que ce soit répétitif. Cela fait découvrir autre chose aux enfants. Ce ne sont pas des choses que nous avons l’habitude de faire avec eux. Là, l’élève va se comporter différemment. Donc c’est vrai que c’est positif là-dessus. En fait, on voit l’enfant d’une autre façon. Les petits ont toujours besoin, lors de la première, voire la deuxième séance, de s’approprier l’espace, s’approprier le lieu. J’aime bien ce côté-là, de sortir un petit peu du cadre scolaire mis en place. Un peu plus de liberté, de les voir autrement, parce que là, on les voit plus comme des enfants, un peu moins comme des élèves du coup et c’est plutôt chouette.
Le rapport est différent, même entre eux. J’ai trouvé les élèves assez productifs, en fait. On avait trois quarts d’heure assez intensif où les enfants étaient assez productifs. Quand Noémie leur proposait de faire des choses, des tableaux, ça allait beaucoup plus rapidement. Moi j’étais étonnée du fait de voir la facilité avec laquelle les élèves finalement s’intégraient dans le projet. C’est très, très abordable en classe. Les enfants étaient contents d’y aller et ils étaient très satisfaits. Il y a eu pas mal d’échanges avec les parents. Les parents étaient très contents du projet. Je pense que le facteur de réussite c’est d’être régulier et puis de laisser un peu les enfants aussi faire par eux mêmes, en fait. D’être un peu plus dans l’observation et de les laisser faire. C’est vrai que nous, en tant qu’enseignant, on est plutôt dans l’action. On a un peu plus de mal à observer. Je pense que c’est d’être davantage dans l’observation de ces élèves, de partir de leurs propos, de leur manière de faire, pour faire évoluer les séances.”

Rossella Inches, professeure d’anglais, IPSSEOA Costaggini, Italie :
“Très souvent, les autres méthodologies nous ont laissés sans conscience de ce que nous allions faire, mais ici nous sentons qu’il y a un support technique, un support méthodologique, que nous explorons ensuite, que nous appliquons et qui nous donne un supplément, vraiment une prise de conscience et un supplément. Très souvent, nous quittions la classe, avec un peu d’insatisfaction parce que vous savez, les élèves, ne nous ont pas donné ce que nous attendions. Et donc nous ne savions pas comment les reprendre, quelle ligne suivre. Maintenant que nous suivons un programme, nous avons des lignes directrices, nous nous sentons soutenus, stimulés et impliqués.
C’est un travail d’exploration, d’une manière aussi souvent “fantaisiste”, de constructions, d’explorations à 360° d’enrichissement général, tant du côté des enseignants que des étudiants. Je peux vous donner l’exemple d’un garçon en particulier, un garçon en difficulté. Nous avons eu des contacts avec sa mère, qui nous a dit qu’il était très contrarié par ce genre d’activité et ce bouleversement de façon de faire, bien sûr. Nous l’avons interprété comme un élément d’efficacité de la méthode, non, une perturbation qui peut le conduire à de nouvelles choses, à faire ressortir de nouvelles choses sur lui-même. Il était agacé par l’exercice de l’image apparemment, mais pas parce qu’il avait vu des images “rugueuses”. Bien sûr que non. Troublé d’un point de vue émotionnel. C’était quelque chose qui bougeait, qui bougeait quelque chose chez lui aussi bien que chez les autres et c’est une chose très constructive, c’est-à-dire que nous ne l’avons pas interprété comme une chose négative, absolument pas. Les élèves, nous les voyons plus imaginatifs, par exemple quand l’un de nous prépare le questionnaire (ndlr : questionnaire d’évaluation de la méthode disponible au téléchargement également), peut-être que nous attendons un certain type de réponses : l’enseignant fait un peu cette projection à l’avance en prévoyant les réponses et je peux vous assurer au contraire que dans les commentaires parfois c’est complètement différent de ce que nous, les enseignants, nous pouvions imaginer. Nous sommes maintenant plus personnellement impliqués et donc nous nous sentons responsables, parce que nous savons que nous avons une structure sur laquelle nous reposer, nous avons un chemin à 27 suivre, qui est cette nouvelle méthodologie. Nous nous retrouvons souvent à faire des choses que nous ne pensions même pas pouvoir faire. Souvent, la méthodologie vous fait réaliser que vous ne saviez peut-être même pas que vous aviez cet aspect en vous et que vous le faite ressortir grâce à la méthodologie.”

Elsa Nunes, professeure d’espagnol, Agrupamento de Escolas André de Gouveia, Portugal :
“Ils n’ont pas été préparés aux séances d’échauffement, aux exercices physiques. Ils ne se sentent pas à l’aise lorsqu’ils s’allongent sur le sol. Par exemple, ils ont dit : « Je vais salir ma chemise », « Si je ferme les yeux, je ne me sens pas à l’aise ». Ils ne sont pas habitués, je suppose. Lorsque les enfants sont plus jeunes, ils se sentent plus à l’aise pour faire ce genre d’exercices. Les adolescents, eux, ont du mal à faire ce genre d’exercices. Par exemple, une nouvelle élève est arrivée dans la classe (parce que nous avons reçu de nouveaux élèves pendant le processus).
Lors d’une phase, les élèves devaient apporter un objet en classe, puis raconter l’histoire. La plupart d’entre eux ont apporté un objet qui ne signifiait rien pour eux ou qui n’était pas très important. Mais une fille a apporté une bague et nous a raconté l’histoire. C’était l’histoire de la bague que son meilleur ami lui avait offerte il y a deux ans. Malheureusement, ce garçon s’est suicidé il y a quelque temps. Elle a donc gardé la bague en souvenir de son ami. Elle a été très bouleversée, très triste et très déprimée après sa mort. Mais elle a aussi dit que cette bague l’avait aidée à surmonter la dépression et la tristesse, et qu’elle s’était sentie mieux par la suite. Cette capacité à raconter une histoire comme celle-là est donc unique. Je pense que c’est unique parce que si je n’avais pas participé à Oratio mix, l’occasion pour elle de s’ouvrir ainsi à moi ne se serait pas présentée. C’est donc l’un des souvenirs que je garderai toujours parce qu’elle s’est exposée d’une manière que peu d’étudiants se sont exposée en 20 ans de carrière. Je me sens plus proche d’eux après avoir travaillé avec eux de cette manière. Bien sûr, c’est différent de toutes les méthodes que j’ai essayées et je suppose que les étudiants sentent aussi qu’un professeur se soucie d’eux lorsque nous essayons de nouvelles choses.”

Birgit Russi, professeure en classe d’élèves primo arrivant à la Neumark Grundschule, Allemagne:
J’y ai réfléchi et pour moi, la première chose était une approche différente de la langue. Parce que normalement, pendant les cours, on apprend l’allemand ou une autre langue d’une manière différente.
C’était donc une approche complètement différente que j’aime beaucoup et c’est un mélange de créativité, d’art, d’exercices et de jeux de rôle. Je pense que toutes ces approches différentes sont très utiles pour la classe. D’un côté, c’était une leçon, de l’autre, c’était en dehors de la leçon, c’était un moment créatif à l’intérieur de la leçon. Je ne sais pas si je m’exprime de manière à ce que vous puissiez me comprendre.
C’était une expérience très agréable pour moi, car j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à faire écrire les enfants en allemand pendant les cours, parce que la plupart d’entre eux n’aiment pas écrire.
Et cette méthode, je ne sais pas exactement comment cela s’est produit, mais les enfants ont commencé à écrire parce qu’ils étaient intéressés. Ils étaient intéressés par l’écriture d’histoires parce que nous avions cette histoire à propos d’un chaperon rouge. Et tous les enfants voulaient écrire quelque chose, même les enfants qui ne pouvaient pas écrire en allemand l’ont fait dans leur langue maternelle. C’était un moment très agréable. Je me souviens également d’un exercice avec un ballon. Je ne sais pas si vous vous souvenez Laurence, lorsque nous avons commencé à jouer avec le ballon et à dire les prénoms, au début, c’était très confus et les enfants n’étaient pas concentrés.
Puis ils sont devenus plus confiants et ce jeu, ils le font encore maintenant, le matin, quand je viens en classe, ils prennent le ballon et ils font ce jeu. C’est vraiment 28 agréable et j’ai même beaucoup de mal à les faire arrêter chaque matin. C’est donc une expérience très agréable, je pense. Et puis il y a eu cette petite fille. Nous ne savions pas vraiment si elle nous comprenait ou non, et une fois que nous avons commencé à parler et à demander qui voulait écrire, elle a levé la main et nous n’étions pas sûrs qu’elle serait capable d’écrire, mais elle a écrit je crois deux ou trois pages, de très longues pages en arabe.
Et c’est la deuxième chose que je voulais dire aussi, certains élèves, certains étudiants ont des capacités intellectuelles très élevées et ils sont bloqués avec une langue et il n’y a pas beaucoup d’étudiants qui sont rapides avec une langue parce que certains d’entre eux sont plus rapides que d’autres. Et vous voyez que c’est un fardeau parce qu’ils ne peuvent pas exprimer tout le temps ce qu’ils ont en eux parce qu’ils ne peuvent pas les mettre en mots.
C’est à ce moment-là que j’ai dit : “ Si vous voulez écrire, vous pouvez aussi le faire dans votre langue.” Nous avons alors reçu des textes en arménien, en espagnol, en arabe et même en anglais, avec des mots différents, un alphabet différent, mais très beaux. Chacun a donc pris sa propre voie pour s’exprimer dans la langue qu’il souhaitait. Pour moi, c’était un très beau moment de voir toutes ces langues arriver à la table. Et voici la fille qui écrivait en arménien, elle l’a lu, c’était très long, mais tout le monde a écouté, même si personne ne comprenait l’arménien. C’était silencieux et tout le monde l’écoutait vraiment parce que le secret était qu’ils la respectaient, qu’ils voyaient que c’était important pour elle. Elle le lisait dans sa propre langue et elle y mettait les intonations justes, elle le vivait. C’était juste une sorte de magie qui s’est produite et c’était magnifique.”

Laurence Barbasetti, comédienne et dramaturge, Allemagne :
“C’est comme des légos. Vous prenez ce dont vous avez besoin et vous laissez de côté ce qui ne vous est pas utile. C’est très utile pour un artiste ou pour des classes ordinaires et nous avons déjà une certaine structure sur la façon dont nous pouvons le faire pour avoir un but ou une réalisation. Il est important pour l’artiste, pour les enfants et pour l’enseignant d’avoir quelque chose dont on est fier à la fin, même si le processus est la chose la plus importante qui se déroule. Il était également très agréable de voir comment les enfants travaillaient ensemble en petits groupes et changeaient constamment. Je veux dire que le changement était important parce que la plupart du temps, vous avez des amis qui travaillent ensemble, mais maintenant nous les amenons vers le changement, en douceur. Et je pense que c’est aussi une très bonne chose de tester cette méthode et de s’y concentrer. Parce qu’elle ouvre les classes et vous pouvez créer un mouvement dans les classes et « obtenir » de nouvelles relations entre les élèves peut-être ou au moins qu’ils entrent en contact avec d’autres élèves avec lesquels ils ne sont pas trop en contact d’ordinaire.”

Dossier constitué avec l’aimable participation de :

➢ Olga Da Silva Marques, professeure de langues étrangères en portugais et français

➢ Pascal Bonafoux, maître de conférence en Histoire de l’Art à l’université Paris VIII

➢ Ratiba Ayadi, formatrice en art oratoir et en éloquence

➢ Sigolène Couchot-Schiex, professeure chercheuse à l’université de Cergy Paris dont les travaux portent sur les rapports sociaux de sexe, genre et sexualités.

➢ Stéphane Dietrich, professeur d’éducation musicale et de chant choral au lycée Albert Schweitzer du Raincy

➢ Seamus Kearney, spécialiste de l’art oratoire

➢ Anton Malafeev, consultant en intelligence sociale et interculturelle

➢ Pierre Chiron, historien spécialiste de la rhétorique, philologue et auteur du Manuel de rhétorique

=> Pastilles vidéos de leurs entretiens disponibles sur la chaîne Youtube du projet : https://www.youtube.com/@Oratiomix-erasmus